A Montpellier, perplexité devant l’expo du Carré Sainte-Anne

Le principe est de faire venir l’artiste choisi au Carré Sainte-Anne, à charge pour lui de créer ou d’installer ce qui lui paraît convenir au lieu. Tout le contraire d’une exposition où on choisit en atelier des œuvres existantes et où on les installe tant bien que mal sur les murs ou les alvéoles comme cela se fait le plus souvent dans les galeries et les musées. 

Je crois être bon public et ouvert à beaucoup de propositions, notamment celles qui ont jalonné ces six dernières années au Carré Sainte-Anne. Voici la présentation qu’en fait le site du Carré Sainte-Anne :

Mêlant références historiques, légendaires et de science-fiction, l’artiste allemand confronte depuis une quinzaine d’années différents personnages à divers mode d’expression comme le cinéma, l’opéra, la vidéo ou encore la performance. Ses tableaux aux formes et couleurs expressionnistes révèlent des coups de pinceaux francs et des écritures spontanées sur fond noir, complétés d’objets fixés à la glu. Il élabore ses installations à partir de divers éléments qu’il accumule. L’univers de Jonathan Meese est foisonnant et abracadabrant. L’artiste crée en dehors du réel, à travers son imaginaire.

L’écrin de Saint-Anne devient une espace de jeu, entre mythologie inquiétante et parodie burlesque.

L’exposition intitulée Dr. Merlin de Large (Marquis Zed de Baby-Excalibur), présentée au Carré Sainte-Anne, sous le commissariat et la direction artistique de Numa Hambursin, fait référence à l’œuvre mythique de la légende arthurienne, ainsi qu’à celles de Stanley Kubrik, de John Boorman et du Marquis de Sade. Admirateur assumé de tous ces auteurs et de toutes ces œuvres, Jonathan Meese en est largement inspiré dans sa propre expression artistique. À l’image de ces chefs d’œuvre cinématographiques et littéraires, Jonathan Meese use de façon exceptionnelle de la double lecture, si ce n’est triple ou quadruple. Dérangeantes, ses œuvres sont complexes. À la fois violentes et burlesques, elles poussent le visiteur à une recherche aiguë, salvatrice, de la contestation par l’artiste. D’une richesse infinie, son propos est à la fois fou et lucide, obligeant à la distanciation et au doute.

Jonathan Meese présentera une série de peintures sur toile et des œuvres éphémères réalisées directement sur les cimaises de l’ancienne église néo-gothique déconsacrée. Des installations composées de multiples éléments viendront compléter son travail.

Numa Hambursin, le directeur artistique du Carré Sainte-Anne et commissaire de l’exposition, dans le texte de présentation remis aux visiteurs, avoue son admiration pour l’artiste et même son intimidation. Pour ma part, sans être un amateur forcené des jardins à la française, les parcs à l’anglaise seraient plutôt ma tasse de thé, j’ai eu une sensation d’étouffement par cette esthétique de la saturation, de la sur-accumulation, de la profusion.  Une jungle étouffante, saturée de signes et d’obsessions : ainsi le mot Kunst (art en allemand) invoqué à de nombreuses reprises, célébration ou dénonciation ? Pour tout dire, l’imaginaire gothique et gore déployé au Carré Sainte-Anne n’est pas le mien. Cela n’enlève rien aux mérites de Jonathan Meese si on se réfère à l’énorme quantité de travail qu’a nécessité cette installation. Donc loin de moi l’idée de persifler en insinuant que cette accumulation est faite à partir des refusés d’Emmaüs ou de ce qui a été récupéré lors du démantèlement de la “jungle” de Calais. On ne peut toutefois écarter l’hypothèse du piège à gogos.

Mais peut-être retournerai-je voir cette profusion pour mieux percevoir certains détails et prendre plus de temps à regarder les vidéos.

L’article de Jean-Marie Gavalda dans Midi-Libre donne un bon aperçu de la visite

Écrit par MIG