Olivier Camen

Art_dans_lair_Olivier_CamenOlivier Camen expose les premières réalisations d’un projet qu’il va mener pendant sans doute encore deux ans : cet artiste qui s’est fait une spécialité de la broderie sur photo ancienne, travaille aujourd’hui sur des photos montrant les enfants d’Izieu. Quarante-quatre enfants juifs, qui avaient entre 4 et 17 ans, qui ont été arrêtés en 1944, déportés, gazés.


A voir jusqu’au 30 janvier, sur rendez-vous  Château Vargoz – 1 rue du Pont, Sérignan


L’histoire

L’histoire est complexe, et a laissé des traces dans la région : lors de l’été 1942, certaines familles juives sont internées dans les camps du sud de la France (Rivesaltes, Agde). Grâce au travail d’associations, des enfants sont libérés et placés dans différentes maisons afin d’être mis en sécurité. En mai 1943, Sabine et Miron Zlatin installe une quinzaine d’enfants à Izieu (Ain) alors en zone d’occupation italienne, pour les mettre à l’abri des poursuites antisémites.

Izieu devient un havre de paix loin des conflits, des persécutions et va offrir un semblant de bonheur à ces enfants. Entre l’été 1943 et avril 1944, ils seront prés de 106 à séjourner à la colonie. En septembre 1943, suite à la capitulation de l’Italie, l’armée allemande occupe la zone et intensifie les persécutions antisémites. Fin mars, Sabine Zlatin repart à Montpellier pour trouver un refuge aux enfants. Elle apprendra la nouvelle de la rafle par un télégramme.

Le 6 avril 1944, la Wehrmacht et la Gestapo de Lyon font irruption sur ordre de Klaus Barbie. 42 enfants seront assassinés à Auschwitz-Birkenau; deux adolescents fusillés en Estonie à Tallin. Parmi les adultes, seule Léa Feldblum reviendra. Elle témoignera en 1987 au procès de Klaus Barbie.

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Le projet d’Olivier Camen

Olivier Camen a dès le départ souhaité faire de ce projet une aventure collective : « Je compte faire appel à 44 relais de mémoire Chacun se verra confier la mémoire d’un des enfants d’Izieu. Il devra alors entamer une recherche à partir du nom de l’enfant. Ces informations, cette quête, seront consignés dans un cahier scolaire ».

Une fois ce travail réalisé par le relais de mémoire, Olivier Camen montre le document photographique de l’enfant sur lequel il va travailler. « Au relais de mémoire de choisir, et de me fournir les éléments nécessaires à la réalisation des toiles: des vêtements qu’il aura recherché, et correspondant scrupuleusement à ceux portés par l’enfant le jour où le cliché a été pris (matière, motif…)

Il ne devra choisir que des étoffes qui existaient dans les années quarante ». Le relai de mémoire devra alors trouver une valise ancienne d’enfant, la remplir avec le cahier, les vêtements, les étoffes, matières, chaussures, ou tout autres accessoires ou objets qui seront ensuite utilisés pour la réalisation des toiles. A ce stade, il glissera une lettre dans la valise où il s’adressera à l’enfant qu’il s’est vu confier.

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Les premières réalisations

A Sérignan, Olivier Camen donne un premier aperçu du projet : la maison d’Izieu a prêté des photos montrant les enfants et leurs accompagnants aux beaux jours de la colonie, la « parenthèse enchantée », qui permettent déjà de voir ces enfants pleins de vie et sans souci du futur. 

L’artiste expose ensuite les toutes premières valises et broderies réalisées. Olivier Camen a confié à un autre artiste la toute première de ses valises. Et Jean-Christophe Donnadieu s’est emparé de ce travail à la fois en tant que « relais de mémoire » attendu, mais également en tant qu’artiste qui offre dans le cahier de l’enfant un regard qui fusionne ce qu’aurait pu dire cet enfant et ce que ressent celui qui écrit à sa place aujourd’hui. 

Dans le cahier, pièce centrale de toutes les valises, il donne une voix à l’enfant dont il est chargé d’inventer la vie qu’il n’a pas eue. Il propose des textes et des dessins, tous réalisés à la pointe fragile d’un crayon gris. Dans le cahier, l’enfant va jusqu’à décrire sa propre exécution : « Il tire. Ca fait mal », et Jean-Christophe Donnadieu va encore plus loin en lui donnant le droit de continuer à nous écrire au-delà de la mort.

Art_dans_lair_Olivier_Camen4A côté de la valise, il a réalisé une empreinte en plâtre d’un pistolet, du même type que celui qu’un soldat allemand a utilisé pour tuer le jeune garçon.

Les autres valises sont toute aussi chargées d’émotion, chacune recelant déjà son lot d’anecdotes qui fait que ce projet dépasse largement le cadre artistique.
Le relais de mémoire d’un autre enfant a ainsi fait le déplacement depuis Montpellier jusqu’à Hauteville, dans l’Ain, pour trouver des cartes postales anciennes de son village d’origine.

Il trouve, discute avec la marchande, qui lui demande, par simple curiosité, ce qu’il compte en faire. Quand il décrit le projet en cours, la dame répond simplement : « Je déchire votre chèque, ce sera ma contribution à ce projet ».

Le troisième relais s’est investi lui aussi totalement dans ce projet, au point de prendre contact avec l’école primaire où avait été scolarisé l’enfant pour retrouver son carnet de notes, carnet que l’école avait conservé et qui a donc intégré la valise. Petit à petit, grâce aux efforts de tous, les enfants d’Izieu retrouvent une identité, des couleurs, des moments vécus.

La suite

L’aventure va continuer ainsi pendant deux ans, mobilisant autour de l’artiste une véritable communauté de personnes prêtes à s’investir pour donner vie à ce projet. Les premières valises font l’objet de cette première exposition à Sérignan. Le projet va grandir et va bouger. Prochaine exposition prévue au Mémorial de Rivesaltes, puis à la Maison d’Izieu, avant de trouver d’autres lieux, eux aussi en phase avec cette histoire et son contexte historique.

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