L’Espace Morastel de Mauguio accueille « Carnet de voyage, retour d’apuow », oeuvre réalisée par le plasticien Jean-Adrien Arzilier. Cet événement fait suite à la résidence effectué par l’artiste au sein de la structure en octobre. Apuow bien qu’il évoque l’exotisme, ne pourrait pas être plus près de nous. Il faut plutôt voir un voyage dans l’imagination du plasticien qui nous entraine sur les traces de son exploration, au gré d’objets détournés, de cartographies, d’embarcations revisitées, d’esquisses, une sorte de prisme qui mélange les concepts éloignés pour brouiller le message. Pour aller plus loin dans la compréhension du travail de Jean Adrien Arzilier, nous l’avons rencontré.


► 4 novembre au 14 décembre 2016


Environs du pôle maritime d’inaccessibilité (points nemo), 2011, bois divers, mappemondes, 24 cm chacun - 02

Environs du pôle maritime d’inaccessibilité (points nemo), 2011, bois divers, mappemondes, 24 cm chacun – 02

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█ ▌INTERVIEW DE JEAN-ADRIEN ARZILLIER

▄ Art Dans l’Air : Tout d’abord qui êtes-vous ?

Jean-Adrien Arzilier : je suis un artiste plasticien de 34 ans, vivant et travaillant à Marseille. Je suis né à Montpellier, j’ai grandi dans sa banlieue, et j’ai étudié à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nîmes d’où je suis sorti diplômé en 2006. Et, depuis, j’ai toujours travaillé dans les arts visuels. Comme artiste, avant toute autre chose, producteur de sculptures, installations, photographies, dessins, plus rarement de peintures, mais aussi régisseur de lieux d’exposition, infographiste, animateur d’ateliers artistiques et assistant d’artiste.

Concrétion, 2015, bâtonnets de craie et plâtre, 40 x 60 cm, série n°1 - 12 pièces numérotées - détail

Concrétion, 2015, bâtonnets de craie et plâtre, 40 x 60 cm, série n°1 – 12 pièces numérotées – détail

▄  ADA : Pouvez-vous nous présenter la genèse de votre travail, ce qui vous a amené à créer des installations ?
J.A.A : Je crois me rappeler assez bien, de mon premier sentiment d’émerveillement suscité par des objets, un premier choc esthétique pourrait-on dire. Alors petit enfant je passais la plupart de mes vacances dans la bergerie familiale des environs de Villefort en Cévennes. Je logeais alors avec cousins et cousines dans l’aile la plus récemment aménagée, parce que la plus isolée et protégée de l’humidité. Là, était entreposés, suspendus aux murs de chaux blanche, les objets les plus précieux. Ceux-ci n’étaient autres que bannes d’osier, brouette rudimentaire, clés pour les foins, râteau tortu, fauchet démesuré, cribleuse en châtaignier, tous faits de brics, de brocs, de la main de mes aïeux. Que de matières et de formes !

De ces outils rustiques et vernaculaires, j’étais bien incapable d’en supposer les emplois et les utilités. Je jouais à cultiver en moi-même ces petits mystères sur l’usage, et ils se sont mués en un charme délicieux. Je tente, encore aujourd’hui, de projeter sur chaque chose le regard curieux que j’avais alors. Pendant toute mon enfance j’ai beaucoup dessiné et peint, c’était une chance incroyable pour moi. Je suis rentré aux Beaux-Arts avec un bon bagage technique dans ces domaines. La découverte de toutes les autres disciplines et la très grande liberté dans les expressions contemporaines qui m’étaient révélé, m’ont fait me détourner des médiums ou j’étais en relative confiance.

Si je travaille majoritairement en volume, c’est parce que je m’y sens plus libre, mais rien n’indique que je n’expérimenterai pas autres choses.

▄  ADA : Vous mêlez des objets pratiques, artificiels à des objets mystiques et symboliques. Quel message cherchez-vous à véhiculer à travers ces représentations?
J.A.A : Je suis habituellement loin des questions de messages. Je ne crois pas en la place du message dans mes travaux, tout bonnement parce que l’expression plastique et sa réception est un langage en formation, un échange expérimental et stylistique. Si je mêle des conceptions éloignées c’est pour brouiller les messages. En jouant des distances et contrastes conceptuel, en altérant ce qui est communément intelligible, je ménage des espaces d’échanges en creux ou la poésie, ma propre sensibilité et hypothétiquement celle du spectateur, comblent les manques.

Evidemment, je manipule des notions et des formes que je présuppose belles entres elles, comme associer bonsaïs et prises d’escalades ou dessiner une ligne sensuelle avec des outils rigoureusement mathématiques, mais cela est tout à fait subjectif. C’est un peu de la recherche de dialogue par l’affect, sans objet utile, de la recherche fondamentale sur les mécanismes de nos émotions.

KyaKaakAyk, 2012, 2 kayaks assemblés en 3 embarcations, 204 x 47 x 62 cm chacun

KyaKaakAyk, 2012, 2 kayaks assemblés en 3 embarcations, 204 x 47 x 62 cm chacun

▄  ADA : Vous travaillez sur différents supports, quel est votre rapport à la matière?
J.A.A : J’ai une sensibilité très élevé à la matière. Si la matière est tout ce qui constitue un corps physique et que par-là elle recèle l’histoire des choses, j’aime à penser qu’elle est un lien express avec l’esprit. Masse et volume sont les conditions inhérentes à la matière. Elles sont avec la forme les sujets de recherches, voire de fascination, de tous sculpteurs. Chaque matière se met en jeu avec une expérience. C’est ainsi que je présente des sculptures en partie de béton et en partie de pâte à modeler, ou encore que je même des recherches sur la production d’images par concrétion.

▄  ADA : Vous êtes dans la peau du spectateur de votre exposition, quelle est votre réaction?
J.A.A : (c’est la plus étrange des questions) L’exposition Carnet de voyage, retour d’apuow est une invitation à l’exotisme, ce gout pour ce qui m’est étranger. Aussi si je n’y comprends pas tout c’est assurément normal. Comme étrangement beaucoup de chose me sont aussi familière. C’est coloré c’est rythmé et parfois ça prétend à l’ethnographie, la topographie, la géologie, l’astrologie. C’est une exposition curieuse pour les curieux.

▄  ADA : Vos projets pour 2017 ?
J.A.A : Par chance ils sont encore indéfinis.

Capture d’écran 2016-10-20 à 17.19.16

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