art_dans_lair_francois_rouanMontpellier met à l’honneur les tressages de François Rouan.

La dernière grande expo consacrée à François Rouan en France remonte aux années 80 et avait eu lieu au Centre Beaubourg, à Paris. Plus de trente ans plus tard, c’est dans sa ville natale que le peintre va être exposé, au Musée Fabre de Montpellier. Rencontre avec l’artiste et la commissaire de l’exposition, Isabelle Monod.


Du 4 février au 30 avril  


 


▄ Art dans l’Air :  Quels sont vos liens avec Montpellier ?

François Rouan :

Je suis né à Montpellier et j’ai commencé à me former à la peinture à l’école des Beaux-Arts de la ville. J’ai ensuite quitté le Sud pour poursuivre par des études aux Beaux-Arts à Paris. J’ai donc quitté Montpellier très jeune, mais la peinture, je l’ai découverte au Musée Fabre, sans que personne ne me prenne la main pour cela. L’exposition du Musée Fabre s’appelle Tressage, ce qui renvoie évidemment à mes travaux. Mais « tressage », c’est aussi, au cours d’une vie, la façon dont l’ancrage dans un territoire se mêle toujours à votre parcours, quel qu’il soit ensuite.

7 Son pied la route II 1986 Centre Pompidou f397

François Rouan, Le Voyage d’Hiver, 1988, peinture à la cire et collage sur toile, 143 x 161 cm, Atelier de l’artiste, © photo Atelier de l’artiste, ADAGP, Paris, 2017

▄ ADA : On peut aussi dans cette exposition découvrir votre parcours dans un film ?

F.R :

Oui, et c’est une histoire là encore de liens, de tissages entre différents projets. Ce film, « Objet tressage » a une histoire liée à cette exposition. Ce sont des amis historiens d’art qui ont voulu filmer des entretiens avec moi. On a fait plus de sept heures d’entretien. Je leur ai proposé que le montage du film respecte les cinq parties de l’exposition, et entremêle des images du présent dans mon atelier, des images d’archives qui n‘ont jamais été montrées, des images des entretiens. Bref, un tressage supplémentaire !


▄ ADA : Quels sont vos liens avec les artistes de cette région ?

F.R :  Je suis né en 1943, je suis donc de la même génération que les artistes du mouvement Support-Surface, et je les ai évidemment cotoyés, mais je n’ai jamais vraiment appartenu à ce mouvement.

▄ ADA : Isabelle Monod, comment avez-vous conçu cette exposition ?

Isabelle Monod : J’ai proposé de retracer cinquante ans de peinture, de 1966 à 2016, en une soixantaine de toiles. Nous sommes restés concentrés sur la peinture, alors que François Rouan pratique aussi beaucoup le dessin et depuis vingt ans la photo et la vidéo. L’exposition se déploie sur cinq salles correspondant aux cinq décennies. La thématique principale tourne évidemment autour de sa « marque de fabrique », le tressage.

7.François Rouan, Son pied - La route II, 1986, huile sur toiles tressées, 200 x 180 cm, Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle, inv. AM 1987-943, Don de la Société des amis du Musée national d'art moderne en l'honneur de Dominique Bozo à l'occasion de son départ du Mnam, 1987, © photo Atelier de l’artiste, ADAGP, Paris, 2017

François Rouan, Son pied – La route II, 1986, huile sur toiles tressées, 200 x 180 cm, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, inv. AM 1987-943, Don de la Société des amis du Musée national d’art moderne en l’honneur de Dominique Bozo à l’occasion de son départ du Mnam, 1987, © photo Atelier de l’artiste, ADAGP, Paris, 2017

▄ ADA : Comment a évolué sa façon de travailler cette technique ?

I.M : Le parcours et l’évolution sont intéressants. Car à l’origine, dans les années soixante, régnait en maître la peinture abstraite, sans sujet. François Rouan a cherché à échapper à une forme trop simple d’abstraction. Il est donc parti de deux peintures colorées, les a découpées en bande et entrelacées, sans s’interdire ensuite de réintervenir dessus.

Et puis le système va évoluer : le tressage a d’abord été multicolore mais François Rouan va explorer les tressages de couleurs sombres, voire de nuances de noir. Et puis en 1971, il part à Rome, pensionnaire de la Villa Médicis où il reste trois ans. Il quitte la Villa mais reste ensuite en Italie jusqu’en 1978. Il a alors intégré des citations de fresques siennoises dans sa peinture. Le motif commence à apparaître. Les peintures donnent toujours cette impression de tressage, mais le tressage réel a disparu.


Film « objet tressage » à voir pour le vernissage et out au longe de l’exposition (copie d’écran ici)

Capture d’écran 2017-02-02 à 17.15.21