Art_dans_lair_Patrycja_Mastej La Chapelle du Quartier Haut à Sète accueille l’exposition de Patrycja Mastej, « La Souplesse du Charbon » dès le 3 décembre. Artiste multi-facette polonaise, elle présente un travail façonné par son enfance, ses expériences liés à l’exploration de son corps et la philosophie de la danse Butô. Sensible et profonde dans sa vie personnelle, l’artiste a notamment été confrontée à un cancer de l’œil, son organe de prédilection, à l’âge de 20 ans. Depuis cette expérience, elle est fascinée par les phénomènes internes du corps. Nous l’avons rencontrée.


Chapelle du Quartier Haut – Sète
Du 3 décembre au 8 janvier 2017


  Art dans l’Air : bonjour,  tout d’abord qui êtes-vous ?

▲ Patrycja Mastej: je suis une femme, une artiste portée par les bonnes vibrations de mon entourage, de mes amis avec qui j’ai des relations très fortes.

   ADA : comment avez-vous débuté dans le monde de l’art ?

▲ P.M : Pendant mon enfance, j’étais convaincue qu’il n’y avait rien à part le monde de l’art. Je ne parle pas de celui régit par les droits du marché et les opinions des experts, mais plutôt de l’espace intime de création.

Capture d’écran 2016-11-28 à 11.29.37Art_dans_lair_Patrycja_MastejJusqu’à mon adolescence,  je vivais immergée dans un monde intimiste coloré par un léger autisme. Pendant plusieurs années, j’ai presque entièrement vécu dans un monde non-verbal à passer des heures seule à me mettre en scène, à jouer dans mes paysages imaginaires. Cette solitude, ce problème de communication avec les autres était difficile pour moi puisque je n’arrivais pas à définir mes émotions. J’ai donc commencé à structurer mes pensées pour donner des éléments, des messages à autrui à travers l’art. Cette méthode m’a permis de me canaliser et je l’ai appliquée au quotidien jusqu’à aujourd’hui.

Au début de mes études, mon père m’a aidée financièrement et a insisté sur le fait que je choisisse de faire des études de design. Il était persuadé qu’avec un tel diplôme, j’allais gagner beaucoup d’argent, hahaha… J’ai mené à bien mes études par gratitude et amour pour mes parents en me disant que je pourrai travailler et mettre l’art au service de l’engagement social.

Au cours de la préparation de ma thèse à l’Académie des Arts et du Design Eugeniusz Geppert à Varsovie, j’ai fait ma première exposition autour du  projet «  Interactive Playground » que j’ai réalisé en collaboration avec deux autres artistes. Cette exposition avait un objectif pédagogique dans le but de faire découvrir le monde de l’art à un public large qui n’avait pas de connaissance de base de ce milieu.

Depuis quelques années, j’ai réussi quand même à vivre de l’art. J’ai été lauréate du prix Gazeta Wyborcza « wARTo » en 2008. Actuellement, je participe au programme de Wroclaw 2016, capitale européenne de la culture, où je suis également enseignante à l’académie des beaux-arts et collaboratrice au musée d’art contemporain de Wroclaw (MWW) en tant qu’auteur d’une série d’installations interactives nommée « Self-service Museum ». En effet, je propose des expositions interactives. J’essaie de présenter des créations de la manière la plus accessible pour le public non initié aux arts plastiques. Celle-ci a eu un impact national puisqu’elle a été présentée dans le plus grands musées de Pologne.

Je fais également des expositions où je présente un travail plus intime, plus personnel, où je me projette dans une dimension parallèle qui reflète l’imaginaire de mon enfance. Le fait de partager mes créations avec les autres est un bonheur et une vrai réussite pour moi.

Capture d’écran 2016-11-28 à 11.30.18▄ ADA : Quel est votre processus créatif, de la naissance d’une idée à l’œuvre finale?

 ▲ P.M : Pour mes expositions personnelles, je ne base pas mon travail sur des concepts intellectuels. Les choses que j’ai envie d’exprimer à travers mon art viennent par elles-mêmes. Pour les matériaux, c’est pareil. La création est une vraie aventure où je me donne toutes les libertés, où je ne me fixe pas de limites en terme de perception.

En dehors de mon travail quotidien au Musée, quand personne ne me regarde, j’adore fréquenter les friperies et brocantes. Je me sers de mon corps pour ressentir les choses. Je touche les matériaux, les peluches, et je me laisse aller aux vibrations, aux sensations qu’ils me procurent pour finalement choisir ceux que j’utiliserai pour mes créations. Je vois beaucoup de choses dans ces objets, des signes, des situations, des réponses à mes propres questions. À savoir que toutes les nouvelles sculptures que je présente à Sète sont issues d’objets accidentellement trouvées et parfois même dans la rue.

Art_dans_lair_Patrycja_Mastej ▄ ADA : Qu’est-ce qui vous influence ?

▲ P.M : Ce qui coule en moi, ce qui me construit. Mon processus créatif est fortement lié à la philosophie de la danse japonaise, le Butô que je pratique depuis un an. Dans cet art, le corps devient un vecteur d’une expérience émotionnelle générée par le mouvement. Le but est de rentrer dans une sorte de transe consciente, en état de méditation et d’expression de soi où une sorte de tension monte pour libérer une énergie surprenante qui permet de produire des mouvements authentiques. À ce titre, mes créations représentent aussi des autoportraits corporels issus de la mémoire cellulaire du corps. Par exemple, la série d’objets en forme de larmes est l’image d’une énergie libidinale prématurément éveillée et libérée. Ils sont en partie liés à l’enfance de par le côté visuel de la peluche mais aussi plaisir sensuel de l’action de caresser un objet doux. Mes objets sont cousus avec beaucoup de petits articles, les formes sont définies en fonction du mouvement de mes mains.

▄ ADA : Des artistes références ?

 ▲ P.M :  Alina Szapocznikow, du fait de sa biographie et du travail basé sur son expérience personnelle, son combat contre une tumeur. Elle a créé une forme de langage personnel, des formes qui reflètent les changements à l’intérieur du corps humain. Également, elle a introduit de nouveau matériaux dans son travail de sculpteur et elle a réussi à créer des œuvres en mouvement d’une intensité impressionnante.

Olaf Brzeski, du fait de sa remarquable compréhension de la matière sculpturale. Pour son habileté à exprimer des idées artistiques et mettre en lumière des sentiments forts comme la colère en travaillant la matière. Annette Messenger, en raison de son proche féminine de la réalité et la précision de son travail des formes.

▄ ADA : Quels sont les thèmes que vous aimez aborder ?Capture d’écrArt_dans_lair_Patrycja_Mastej

▲ P.M :  Je vais répondre avec une citation de Michizo Noguchi : La matière qui constitue notre corps est sans doute de cette Terre, a participé au processus expérimental de création de la Terre. Notre corps, vivant ici et maintenant, contient toute l’histoire de la Terre. C’est ce qu’on appelle la «vie», le «corps» et l ‘«esprit» ne sont que des étapes de transformation de la Terre. « L’évolution et la transformation en continu de la cellule nous affecte chaque jour et c’est un sujet qui me fascine. Je l’ai approfondis depuis que j’ai 21 ans, âge auquel on m’avait diagnostiqué une tumeur de l’iris dans mon oeil droit. J’ai décidé de me confronter à toutes les informations que cette tumeur voulait me donner. Dans toutes mes séries de travaux, je suis allée de plus en plus loin dans la compréhension de mon corps et des messages qui présentent des anomalies.

▄ ADA : Qu’est-ce que la création parfaite pour vous ?

▲ P.M : L’habileté à révéler la réalité de la nature, celle qui n’a pas été encore capturée.

▄ ADA : Vous êtes dans la peau du spectateur de votre exposition, quelle est votre réaction ?

▲ P.M :  Je me sens comme à la maison, totalement connectée.

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Art_dans_lair_Patrycja_Mastej ◈ Questions flash 

□ En quoi aimeriez-vous être réincarnés ?  J’aimerai être réincarnée en une autre personne qui vit sur une autre planète avec plus de liberté et de transparences, plus de désinvolture et d’insouciance, sans calculs. Plus sérieusement, ma mère me disait toujours qu’il est préférable de ne pas rêver de renaître. C’est une manière de dire qu’il faut vivre ici et maintenant, dans le monde tel qu’il est.

□ Le trait principal de votre caractèreJe suis pleine d’enthousiasme, au point de ne pas vraiment savoir me reposer. J’aime vivre « à fond », sans me fixer de limites.

□ Etes-vous du matin ou du soir Les deux. J’ai de l’énergie le matin comme le soir et chacun de ces moments est propice a ma « transe ».

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